Le Yoga

« Le yoga est plus célèbre que connu », écrivait naguère le préfacier du Hatha-yoga-pradipika.

Qui connaît aujourd’hui la philosophie du yoga ? Si le mot yoga n’a pas encore perdu toute sa fascination sur les profanes, celui dont on parle en ce moment  n’est guère qu’une gymnastique. Or, si l’utilisation des forces corporelles est à la base du hatha yoga (hatha = force), la dimension du yoga est de l’ordre du Sacré.


Selon les textes, le Yoga est un état « Yoga citta vritti nirodha (YS, I,2) : l’arrêt des perturbations et de l’agitation automatique du mental ». Pour cela l’enseignement indique une stratégie claire et précise pour y parvenir. Il indique aussi tous les pouvoirs qui en découlent. Pour s’engager dans la voie du Yoga, il faut d’abord être prêt. 

Voie de transformation le Yoga est un Art de Vivre, une stratégie pour sortir l’être humain de son état de souffrance conditionné par son histoire et son vécu. Ballotés par les vents et les marées, les soleils et les pluies, les individus ont perdu le Cap, cherchent leur étoile du Nord, se perdent, et perdent leur Centre. La pratique posturale, l’assise en silence, et la méditation en marchant invitent à retrouver son Centre.

Pratiqué avec ardeur et détachement, les tempêtes alors cessent, et le calme et la paix fleurissent dans nos cœurs. Notre Corps se remet à respirer en conscience.

« Plus doux que les bras de Morphée, il y a les bras de Sophia : la Sagesse qui nous donne le repos sans nous enlever la conscience. » Jean-Yves Leloup

Le yoga, une Sagesse de l’Amour.

D’où nous vient le Yoga ?

Le Yoga est d’abord une philosophie vieille de plus de 2000 ans, originaire de l’actuelle Inde du Nord. Après l’intense bouillonnement du Ier millénaire avant Jésus Christ, l’Inde retranscrit à l’écrit ses nombreuses recherches sur des sujets aussi complexes que la compréhension de l’origine du monde, du sens de l’existence, de la relation entre l’homme empirique et le soi transcendant qui l’habite… La particularité de ses recherches réside dans le fait qu’elle se font sur le double plan théorique et aussi sur celui de l’expérience intérieure.
Dans ce contexte, le yoga faisait partie des 6 darshanas (philosophies ou voies de salut) : une méthode de libération de l’être dans sa globalité, selon une progression cohérente et d’attitudes nettement définis.
A l’origine, le yoga est donc né d’un besoin d’évolution spirituelle et psychologique de l’Homme, qui déjà percevait les limites et les souffrances de l’existence, afin de s’en libérer. Sa transmission se faisait de maître à discipline dans l’intimité d’une vie quotidienne partagée, le disciple s’inspirant de l’attitude de son maître à l’égard du monde et pas seulement de son enseignement oral.

Au niveau étymologique, le mot « yoga » vient du sanscrit « jug » (prononcer « youdje »), qui signifie unir, joindre, atteler, mais aussi mettre au repos. La fonction du yoga est donc d’unir, de rassembler. Elle vise le recentrement de l’individu, l’établissement d’un équilibre en soi, indispensable pour aller sur le chemin de la libération.

 

 

L’esprit du Yoga

L’esprit du yoga peut être apprécié à la lumière d’œuvres et de textes magistraux :
– les Yoga Sûtras de Pantãjali, texte fondateur du yoga classique, qui daterait autour du IIe siècle avant notre ère
– la Bhagavad Gîta, « Le Chant du Bienheureux », environ 6 siècles avant notre ère ; texte majeur à la fois poétique, métaphysique et pratique, qui affirme l’unité de la vie, et invite l’homme à découvrir celle-ci à travers l’action juste, au cœur même du combat de l’existence
– La Hatha Yoga Pradîpikâ (la petite lampe du hatha yoga), arrive plus tardivement vers le XVe siècle après notre ère ; ce traité vient pour la première fois décrire de façon très concrète et précise les exercices de transformation, par la description détaillée de nombreuses postures, des exercices de respiration, ainsi qu’un travail sur le corps subtil (mudrâs, bandhas, chakras).

Répondre à un constat sur la condition humaine
Le yoga comme les autres philosophies de son époque, souhaite répondre et dépasser le constat suivant : l’homme n’est pas heureux. En témoignent les symptômes comme l’anxiété, la respiration courte, l’attachement à la souffrance, des désirs insatiables qui perdurent, la violence…
Le travail en yoga propose de modifier l’état d’esprit en cultivant la discrimination, le non attachement, et la non dualité. La Gîta précise que l’acte juste est celui où l’on se désintéresse des fruits de l’acte.
Ceci montre bien que le yoga n’a jamais été conçu seulement comme une discipline de mieux être, mais comme un mode de transformation.

Une voie de sagesse qui suppose un engagement

Une « stratégie » pour dépasser ce constat et sortir des états conditionnés dans lequel chaque individu se trouve, a été clairement établie dans le deuxième pâda (chapitre) des Yoga Sûtras, appelée l’ashtânga-yoga, le « yoga à huit membres ». Ces huit « membres » d’un tout, sont représentés au travers de l’arbre dessiné ci-dessous.
Il représente l’architecture à suivre pour celui qui souhaite s’engager dans la voie de Pantãnjali : il s’agit de l’observation de règles de vie éthiques vis-à-vis des autres (yamas), des attitudes vis-à-vis de soi (niyamas), la ou les postures (âsanas), la régulation du souffle (parânâyâmas), le retrait des sens (pratyâhâra), et enfin les trois étapes finales qui sont la concentration (dhâranâ), la méditation (dhyâna), et l’expérience d’unité (samâdhi).

A noter que les postures avaient une place limitée dans le premier corpus philosophique du yoga. La seule indication qui était précisée sur âsana (assise, posture), était axée sur la posture intérieure à adopter, et résumée avec ces deux mots : sthira sukham (fermeté et aisance).
C’est à partir du XVe siècle que la description de postures précises a été réunies dans un traité (la Hatha Yoga pradîpikâ). Puis au XXe siècle il y eut un nouvel essor en Inde avec un enrichissement concernant la pratique posturale, et aujourd’hui de nombreux types de yoga foisonnent un peu partout en Occident.

Les âsanas ou postures du hatha yoga ont pour principale vertu de préparer le corps à l’assise en silence, ou méditation. Par la suite, cela est devenu une discipline en soi, mais nous ne devrions cependant jamais perdre de vue l’essentiel, sous peine de dériver vers des formes dévoyées. Les âsanas préparent en effet le corps et le mental à « s’établir fermement dans un espace heureux » (Gérard Blitz), pour ensuite pouvoir demeurer en silence sans effort. Un corps sans tension et le relâchement s’installe, un esprit moins dispersé et c’est alors que l’attention peut se porter le mieux sur ce qui autrement n’est jamais évident : la présence même de cela qui est toujours présent.

La beauté du yoga vient de cette circulation entre la connaissance des textes et la pratique, où comment la pratique éclaire les textes et inversement.

Aujourd’hui de nombreuses méthodes de yoga existent, avec des appellations différentes en fonction des lignées de transmission, certaines sont véritablement fidèles à l’esprit du yoga, d’autres moins. Pour savoir si un cours de yoga répond à l’esprit du yoga tel que brièvement décrit dans cet article, il faut veiller à regarder si le respect des yamas et niyamas est observé durant le cours par l’enseignant. Il est important de rappeler ici que le yoga n’est ni du fitness, ni des acrobaties, ni de la détente « passive ».

« La désunion à l’union à la souffrance voilà ce qu’est le yoga ». Bhagavad Gîta


Ses bienfaits

Le constat fait par les philosophes indiens il y a 2000 ans reste d’une actualité vibrante au XXIe siècle.

Aujourd’hui de nombreux symptômes qui témoignent d’un déséquilibre entre le corps, le mental et l’esprit, sont très présents dans notre société. A l’instar des troubles du sommeil, des maux de dos à répétition, de troubles digestifs, d’anxiété, de problème de concentration, d’hyperactivité…
Suivre la voie du yoga peut aider à libérer peu à peu chaque individu de ses différents blocages tant au niveau physique, émotionnel, psychique, qu’énergétique.

Au niveau physique, le travail postural qui est proposé offre de merveilleux résultats grâce à l’étirement et le renforcement du corps, favorisant le redressement de la colonne vertébrale, une meilleure capacité respiratoire, un renforcement des muscles profonds, et également la souplesse articulaire qui se produit d’elle-même à l’aide du souffle.
Au niveau émotionnel, le travail qui est fait sur le souffle, par des exercices de respiration et la réalisation en conscience des gestes, invite à diminuer les états de dispersion et d’hyper émotivité. Par la pratique, on parvient à cultiver l’habitude de l’arrêt. Celui qui permet ensuite de moins se laisser emporter par ses émotions.
Sur le plan psychique, pratiqué dans la durée, le yoga en permettant au corps de se délier, invite l’individu à se relier à sa Nature Essentielle. Notre posture vis-à-vis du monde qui nous entoure peut s’en trouver modifiée. Moins de jugement, plus d’observation et de distance juste vis-à-vis des évènements de la vie, abandonner son vouloir propre. Vivant ainsi une plus grande qualité de présence, à soi-même, aux autres, et à tout ce qui nous entoure.
Quant au plan énergétique enfin, du fait d’une pratique répétée sur la durée, un état d’équilibre pourra s’installer, ouvrant sur un espace intérieur de paix et de tranquillité.

Mais il n’y a rien de magique. Les bienfaits que peuvent apporter le yoga découlent d’une pratique qui doit être réalisée avec ardeur (tapas), tant sur le tapis, qu’en dehors d’un cours de yoga.

Enfin, un mot sur la méditation qui est la phase ultime des « huit membres du yoga ». Les grands spirituels d’Orient ou d’Occident affirment que la méditation ne s’acquiert pas, mais qu’elle survient ; n’étant pas le résultat mécanique d’un exercice. Elle est de l’ordre de l’expérience intime, unique, qui surgit comme un état de grâce, spontané, gratuit. Les sages insistent aussi sur la nécessité pour l’homme de construire sa capacité à accueillir cet état.

Pour aller plus loin
: « L’esprit du Yoga », Ysé Tardan-Masquelier